Chine : archéologie et diplomatie d’influence

Chine : archéologie et diplomatie d’influence

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La Chine et l’usage des découvertes archéologiques

Archéologie et diplomatie d’influence. Au cours de ces derniers mois France Chine International a travaillé sur la diplomatie d’influence en Bretagne. À l’été 2015, nous avions proposé le sujet avec un article sur la diplomatie du sport par rapport à la Chine. Nous poursuivons notre propos, cette fois-ci, au regard de l’usage que fait la Chine des découvertes archéologiques.

 
La Chine est passée maître dans l’art d’utiliser l’archéologie au service de sa diplomatie d’influence. Elle intègre les multiples facettes de cette immense civilisation pour produire un discours identitaire allant au-delà des clivages ethniques et linguistiques. Le plus grand site funéraire au monde de Qin Shi Huangdi près de la ville de Xi’An avec plus de 9 000 statues — des guerriers, des fonctionnaires, des juges, des acrobates, des lutteurs datant du troisième siècle avant notre ère — entretient le mythe de l’unification et de la grandeur de l’empire auprès de milliers de touristes chinois et internationaux. Les historiens de la République Populaire de Chine ont longtemps vanté les qualités d’homme d’État de Qin Shi Huangdi,  «qui en combattant la clique réactionnaire des confucéens, en levant des troupes qu’ils n’hésitent pas à comparer à l’Armée populaire de Libération, sut mettre en œuvre une véritable réforme politique et sociale2″. Aujourd’hui, la Chine tempère les discours des maoïstes en proposant des passerelles entre les rites confucéens et la puissance de la loi. Si on assiste au déploiement du « nouveau confucianisme », l’archéologie ne peut être parfois qu’un prétexte quand la Chine revendique ses espaces maritimes… La Chine, avec sa position retrouvée à l’échelle internationale, en matière de commerce, d’exploration, en termes d’inventivité, sur terre comme sur les mers, affirme l’antériorité de sa culture, sa légitimité et sa puissance. Au niveau scientifique, en archéologie, les standards se rapprochent toutefois des standards occidentaux. En devenant plus objective, la Chine tend à se rapprocher de la communauté internationale.

 

 

« L’Inde, la Chine ou le Japon sont beaucoup mieux informés de notre histoire que nous le sommes de la leur »
Jacques Gernet, Le monde chinois, Paris, Armand Colin, 1999, 4e éd. p. 584. 

 

Archéologie et diplomatie d’influence
Un exemple fondateur : Qin Shi Huangdi unificateur de l’Empire du Milieu
et son mausolée de Xi’An 

Qin Shi Huangdi, le premier empereur de la dynastie Qin, a régné de 221 à 210 avant notre ère. Son avènement a été interprété par Mao Zedong comme une rupture similaire à celle qui s’est produite au milieu du XXIe siècle, avec l’avènement de la République Populaire de Chine (RPC).

Sous l’autorité de son empereur, seul Chef d’État autocrate et puissant, la Chine est devenue un État immense, unifié et centralisé. Selon le mythe fondateur, il est un des trois personnages inventeur de l’écriture. Qin Shi Huangdi dispose d’un Code pénal, extrêmement sévère, applicable à tous sans distinction de naissance et de fortune. Les textes de loi, les pratiques administratives sont écrites sur les deux faces de lamelles de bambou en style Li Shu (隸書Lìshū), ou écriture des scribes à l’encre noire. Une armée puissante lui permet de faire respecter l’ordre et la loi. Tout ce qui constituait le fondement des rites, avec le confucianisme et le modèle des anciens sages, des ancêtres, de la distinction due à la naissance, de la piété familiale, est rejeté. En brisant la tradition, Qin Shi Huangdi rompt également avec les structures sociétales et prend arbitrairement la dénomination d’Empereur Qin Shi (秦始 Qínshǐ   – premier Qin) Huangdi (皇帝 Huángdì – empereur) au lieu de Roi (秦王政 Qín wáng zhèng – le roi Zheng de Qin).

Ce régime légiste qui soumet la population à un encadrement strict, va toutefois provoquer des soulèvements très violents qui vont entraîner la chute rapide de la lignée de la dynastie Qin. Qin Shi Huangdi fut assimilé aux tyrans notamment par Si Ma Qian (司馬遷 Sīmǎ  qiān), historien des Han et auteur du Shǐjì (史記)1.

Des monuments symboles de sa grandeur :
la grande muraille et son mausolée de 56 km2 dans la province du Shaanxi proche de Xi’An

Qin Shi Huangdi a laissé des témoignages de la grandeur dont il voulait marquer son règne. Parmi les plus célèbres, la grande muraille de Chine, et son tombeau dans la province du Shaanxi, près de Xi’an, dans le nord-ouest de la Chine, dont la garde est assurée par une armée de plus de 7 à 8000 soldats et de chevaux en terre cuite peinte de couleurs vives et grandeur nature (兵马俑 Bīngmǎyǒng), enterrée dans le district de Lintong. Cette armée a été mise à jour en mars 1974. C’est une découverte qui va se révéler être comme la plus importante du siècle de par son ampleur et son intérêt historique. En 1976 et 77 deux autres chambres souterraines seront ouvertes au nord la première fosse. Déjà, en 1914, Victor Segalen identifiait le tumulus de la montagne Li recouvrant la sépulture de l’Empereur. Ces monuments continuent à entretenir la légende et attirent en Chine des milliers de touristes chinois comme étrangers, apporteurs d’une grande quantité de devises.

 

 

L’instrumentalisation de l’archéologie par la République Populaire de Chine 


Le village de Banpo près de Xi’An, un témoignage unique du néolithique qui légitime le pouvoir de Mao Zedong dès les années cinquante

Mao Zedong 毛澤東 (1943 – 1976) est connu pour avoir lancé la Révolution Culturelle (文化大革命 Wénhuà dà gémìng – 1966-1976) visant à consolider son pouvoir.  Il  s’appuie sur la jeunesse du pays, les gardes rouges, remet en cause la hiérarchie de l’époque, instaure la traque des élites et des intellectuels et met en place la lutte contre les 4 vieilleries (vieilles idées, vieilles coutumes, vieille culture, vieilles habitudes). Le raz-de-marée du marxisme chinois, lors de la Révolution Culturelle a détruit ou endommagé de nombreux sites culturels mais n’a jamais banni l’archéologie. Dès les années 1950, Mao a favorisé les fouilles de Banpo (半坡遗址 Bànpō yízhǐ – ruines de Banpo), village néolithique situé dans la vallée de la rivière Wei (渭河 Wèihé), un des grands centres civilisateurs, sur la rive gauche de la rivière Chan (浐河 Chǎnhé), à moins d’une dizaine de kilomètres à l’est de la ville historique de Xi’An (西安 Xī’ān). Le site de Banpo recouvre une zone d’environ cinquante mille mètres carrés et est un ensemble sans doute unique de témoignages culturels remontant à quelques six mille ans. Des recherches systématiques en 1954, sur une aire d’un hectare, ont permis de mettre au jour une partie de l’habitat, la nécropole, l’un des fours et près de dix mille objets, vestiges d’une tribu matriarcal appartenant à la culture de Yang shao (仰韶文化 Yǎngsháo wénhuà).

Le premier objectif donné aux archéologues de l’époque était de rechercher des traces de civilisation qui permettaient de montrer le passage de la société esclavagiste à la société féodale, de voir les débuts de l’urbanisation, avec l’apparition des classes sociales fortement différenciées, avec la présence d’un pouvoir fort, voire d’un système hiérarchisé et différencié. L’archéologie est traditionnellement ce sur quoi se fondent les régimes politiques pour montrer qu’ils ont le droit d’être là puisque quelque chose qui va dans le sens de ce qu’ils veulent faire existe et est matérialisé par des vestiges présents sur place depuis longtemps.

L’armée de terre de Xi’An découverte en 1974 : une mémoire de légende, Qin Shi Huangdi une figure fondatrice de l’Empire, dans laquelle se reconnaissait Mao Zedong

Quant-au mausolée de Qin Shi Huangdi, il fut, selon les annonces de l’époque, découvert accidentellement en 1974 par des paysans chinois alors que Mao Zedong était encore Président. Toutefois, selon la préface – rédigée par un archéologue chinois – du catalogue de la Belle Exposition qui s’est tenue à Paris au début des années 2000, les paysans racontaient une légende sur le lieu de la découverte qui se transmettait de génération en génération :  il se disait qu’il y avait des têtes de personnages extraordinaires qui habitaient dans le sol, ce qui faisait que les cultures poussaient très mal dans ces endroits car l’eau disparaissait, bue par ces têtes présentes sous-terre. Cette légende populaire témoigne de l’identification de l’armée de terre cuite dans la mémoire populaire depuis de nombreuses décennies.

Mao Zedong a toujours pris pour modèle le premier empereur Qin Shi Huangdi, ce despote terrible, qui était en même temps ingénieur, guerrier, chef de guerre, celui qui a standardisé l’écriture, la monnaie, écrit la loi, un chef qui fonda l’Empire chinois. Qu’est qu’un empire ? selon Danièle Eliseeff4 un empire est « un pouvoir qui à un moment donné s’impose à un certain nombre de communautés très différentes, qui vivent séparément et qu’on oblige à vivre ensemble« . C’est ce qu’ont fait Qin Shi Huangdi et ses ancêtres. On les voit lentement sur 200 ans conquérir l’ensemble de la Chine, changer complètement les modèles sociétaux et créer une société nouvelle. C’est pourquoi Mao Zedong se reconnaissait très bien dans la figure fondatrice du premier empereur. Le site a été ouvert au public à l’occasion de la fête nationale chinoise de 1979, le régime s’est appuyé directement sur cette merveille archéologique pour asseoir sa légitimité et pour s’inscrire aussi dans cette filiation.

Un symbole de la  diversité ethnique et culturelle

Il est impossible de savoir ce que contient l’ensemble du mausolée de Qin Shi Huangdi, le tombeau de l’empereur n’ayant pas été encore mis au jour. Mais déjà dans les fosses du mausolée de Xi’An, sur les sites de fouille ouverts, il y a tout un échantillon de visages et chacun est unique. Des expressions variées, autant de statues de terre cuite et toutes différentes. Lorsque les archéologues les analysent , ils avancent que ces soldats proviennent d’ethnies différentes. Ce site est à lui seul le symbole de cette Chine multi-ethnique.

Depuis les années 2000 la Chine reprend le leitmotiv des empereurs de la dynastie mandchou des Qing « La Chine est unique à partir du multiple »

Il faut dire que la Chine est à peu près grande comme l’Europe. Cela va des territoires du grand nord proches du climat sibérien aux territoires subtropicaux du Sud et d’Est en Ouest, de la mer au plateau Himalayen. La Chine elle est unique à partir du multiple, comme le disaient les empereurs de la dynastie Mandchou, les Qing, au XVIIIe siècle.  C’est encore le cas aujourd’hui : les slogans du type « nous cherchons l’harmonie et l’unité à partir de la diversité » fleurissent en Chine depuis l’an 2000.

Autour du mythe, l’image, le film et la culture subliment le message

Hero (英雄, Ying xiong) le film de sabre chinois (武侠片 Wǔxiápiàn)  réalisé par Zhang Yimou (张艺谋 Zhāng Yìmóu), sorti en 2002. L’histoire : « Il y a deux mille ans, la Chine était divisée en sept royaumes. Chacun d’eux combattait les autres pour obtenir la suprématie, tandis que le peuple endurait la souffrance et la mort. De ces sept royaumes, Qin était le plus virulent. Le roi de Qin était obsédé par la conquête de la Chine et le désir de devenir son premier Empereur. Les autres royaumes dépêchèrent leurs plus redoutables assassins pour l’éliminer. Le seul nom de trois de ces tueurs suffisait à répandre la terreur : Lame Brisée, Flocon de Neige et Ciel Etoilé. À quiconque anéantirait ces trois assassins, le roi de Qin promit puissance et fortune. Pendant dix ans, personne n’y parvint. Lorsque le mystérieux Sans Nom se présenta au palais, avec en sa possession les armes des assassins abattus, le roi fut impatient d’entendre son histoire ». Sans être jamais cité, chacun y reconnaîtra le roi Zheng de Qin ou Qin Shi Huangdi.

Selon Wikipédia, Le film « Hero -英雄, Ying xiong » « a connu un important succès commercial, rapportant environ 177 394 000 $ au Box-office mondial, dont 53 710 000 $ en Amérique du Nord, pour un budget de 31 000 000 $. En France , il a réalisé 732 307 entrées. Il a reçu un accueil critique très favorable, recueillant 94 % de critiques positives, avec une note moyenne de 8,2/10 et sur la base de 199 critiques collectées, sur le site agrégateur de critiques Rotten Tomatoes . Sur Metacritic , il obtient un score de 84/100 sur la base de 39 critiques collectées ».

 

 

Archéologie et diplomatie d’influence
Quelques autres exemples de projets conduits par la Chine aujourd’hui

Archéologie et diplomatie d’influence en Chine
le projet chronologique Xia–Shang–Zhou promu par Pékin, la naissance de la nation, la Chine a plus de 3000 ans d’existence légale !

Depuis une vingtaine d’années, Pékin essaie de mettre en avant le projet chronologique Xia-Shang-Zhou (夏商周断代工程 Xià-shāng-zhōu duàndài gōngchéng). L’idée est d’inscrire une histoire nationale cohérente pour prouver que l’état chinois existait avant même les Qin, il y a plus de 3000 ans avant notre ère, bien avant les dynasties égyptiennes dont ne peuvent se revendiquer les Égyptiens d’aujourd’hui. L’Empire chinois est fondé en 221 avant notre ère et dure jusqu’en 1911. Avant cet empire, on trouve les régimes antérieurs, la dynastie de Xia (夏朝 Xià cháo), dont on ne sait pas grand-chose et dont l’origine se fond dans la nuit des temps. Après elle vient la dynastie des Shang (商朝 Shāng cháo) qui commence vers 1600 avant notre ère et se termine vers 1050 avant notre ère, c’est l’âge du bronze. La dynastie des Shang est ensuite balayée par la dynastie de Zhou (周朝 Zhōu cháo) vers 1050 avant notre ère, et elle-même balayée en 256 avant notre ère par le chef des Qin (秦朝 Qín cháo), le futur Qin Shi Huangdi. Dans ses « mémoires historiques » (史記 Shǐjì), Sima Qian (司馬遷 Sīmǎ Qiān)3  (145 av. J.-C.-86 av. J.-C.) de la dynastie des Han, relate et organise les premiers écrits historiques de façon remarquable.

Depuis les années 90, un grand nombre de fouilles très intéressantes ont débarrassé la Chine des présupposés idéologiques puissants de l’époque de Mao. Les archéologues et notamment l’Université de Tsinghua sous la direction du professeur Li Xueqin (李学勤 Lǐ Xuéqín), ont travaillé sur les documents et se sont aperçus que l’époque des Zhou correspond au développement de l’écriture. L’écriture existait déjà, mais se réduisait à peu de signes dans les périodes antérieures. Elle se développe ensuite peu à peu mais sert essentiellement à communiquer avec les esprits des ancêtres ou des dieux. À partir du milieu du XIe siècle avant notre ère, l’écriture commence à servir, à dire des choses, à parler des alliances matrimoniales, politiques… Cette période correspond à la fondation de l’État dans la mesure où le pays s’identifie à une écriture. Il ne faut pas oublier que le peuple chinois utilise une même écriture, alors qu’une vingtaine de langues sont parlées dans le pays.  C’est donc la naissance de la nation. Cela veut dire que la Chine a 3000 ans d’existence légale.

Ce passé a été mis très en avant au travers la construction de nombreux musées qui exposent ces vestiges. Ils ont fleuri au moment de la destruction des Hutongs qui ont libéré l’espace au moment des jeux olympiques de Pékin en 2008 et lors de l’exposition universelle de Shanghai en 2010. Plus de 6000 musées nationaux auraient été construits aux côtés de musées d’ordre privé pour porter la conscience nationale. Certains nous emplissent d’admiration, tandis que d’autres sont plus simplificateurs car d’ordre éducatif, avec des reconstitutions destinées aux populations peu lettrées des régions isolées.

La Mandchourie réhabilitée, une toute nouvelle approche archéologique avec l’université de la province de Jiling

La Mandchourie (满洲 Mǎnzhōu), dans la partie Nord-Est de la Chine a été écartée pendant longtemps du reste de la Chine. Pourtant les Mandchous ont conquis la Chine au XVIIe siècle. Ils n’ont toutefois été fédérés qu’en 1615. Avant cette période, il s’agissait d’ethnies qui vivaient séparément et qui se faisaient la guerre. La Mandchourie et les Mandchous qui avaient été « réprouvés » après la grande révolution de 1911, 1912, car porteurs du système impérial, commencent à être réintégrés dans le récit national. On le constate à travers l’archéologie. Aujourd’hui, les archéologues recherchent les traces des ethnies anciennes que l’on a longtemps dit nomades. On s’aperçoit désormais que ces populations comme celles qui avaient conquis la chine au XIe et XIIe siècle étaient aussi sédentarisées. Elles étaient partiellement nomades car le territoire ne permettait pas de nourrir une population croissante en étant sédentaire à partir de l’agriculture. Elles avaient développé des villes et on s’aperçoit désormais qu’il s’agit d’une civilisation importante. L’Université de la province de Jilin (吉林大学 Jílín dàxué) à Zhangchun (长春市 Zhǎngchūn shì) avec aux côtés des chercheurs chinois, les français Pauline Sébillaud, enseignante-chercheur au CNRS, et Pierre Marson de l’EHESS, qui travaillent sur ce thème (le site de Yinjiawopu – 尹家窝堡遗址 Yǐnjiāwōbǎo yízhǐ – et la production de sel, la distribution des villes des périodes Liao et Jin de la région de Yanbian – 延边州辽金时期城址 Yánbiānzhōu Liáo Jīn shíqí chéngzhǐ -,  découvertes archéologiques importantes du site de Houtaomuga – 后套木嘎遗址 Hòutàomùgā yízhǐ – à Da’an – 大安市 Dà’ān shì -, province du Jilin…). Par ailleurs, les mandchous ont subi l’invasion du territoire par les Japonais. 

 

Pas uniquement sur son propre sol

La route de la soie, « la route du commerce, c’est la Chine« 

La Chine recrée actuellement la route de la soie. Entre les années 1990 et 2000, l’Unesco avait déjà essayé de mettre en place le projet de la route de la soie. Cette re-création est en fait la route du commerce sur l’ensemble de l’Eurasie.

Sa présence sur les mers : « nous aussi nous sommes les explorateurs du monde »

Pékin ne se contente pas de réaliser des fouilles sur son propre sol, elle effectue également des travaux archéologiques en Afrique. Son désir est de légitimer la Chinafrique et de l’inscrire dans une histoire longue. En même temps, il y a une autre intention : celle de rappeler que les chinois ont été présents sur les mers autrefois et notamment jusqu’en 1435 avec le célèbre amiral Zheng He (郑和 Zhèng Hé) (1371-1433), nommé « amiral des mers de l’Ouest » avec le soutien de l’Empereur Yongle (永乐帝 Yǒnglè dì) de la dynastie des Ming (1368-1644). À la tête d’une flotte de 200 navires emportant 27 000 hommes (soldats, savants, interprètes, …), il quitta la Chine en juillet 1405. Il se dirigea vers Java, emprunta le détroit de Malacca et atteignit Ceylan. Cette expédition fut la première d’une série de sept. Lors de ces sept expéditions,  il explora le nord de l’île de Bornéo, le golfe de Siam (Thaïlande), les côtes indiennes, longea le sud de l’Arabie, atteignit le golfe Persique, l’embouchure de la mer Rouge et l’est des côtes africaines jusqu’aux côtes du Mozambique. Soieries, porcelaines – on retrouve des porcelaines chinoises de Jingdezhen (景德镇 Jǐngdézhèn) sur les côtes orientales de l’Afrique – , laques, étaient échangées contre épices, encens, ambre, pierres précieuses, et animaux africains. On retrouve des traces de comptoirs, mais pas véritablement de traces d’implantation durable. Il s’agit d’une exploitation de l’archéologie à des fins politiques et contemporaines. Les chinois restent très discrets car il s’agit d’affirmer des liens entre la Chine et l’Afrique, tout en continuant à expliquer qu’ils sont des acteurs nouveaux. Ils peuvent donc se présenter de façon positive, sans porter le fardeau colonial de l’Occident.

Les chinois veulent aussi se présenter comme les explorateurs du monde. Le message est aussi de dire que si les milieux confucéens prônant le repli sur le continent et le respect des traditions n’avaient pas empêché de poursuivre les voyages impulsés par Zheng He (mort en 1433), ce ne serait pas les Occidentaux avec Vasco de Gama en 1498 qui auraient franchi le Cap de Bonne Espérance d’Ouest en Est, mais les successeurs de Zheng He, d’Est en Ouest. Il faut dire que dans le même temps, les empereurs devaient faire face aux coûts de guerres menées au nord de la Chine. C’en était fini de l’ouverture maritime en 1500, quand il fut même interdit de construire des navires de plus de trois mâts, au moment où les Européens partaient à la découverte des nouveaux mondes et contournaient le cap sud de l’Afrique pour aller aux Indes, désormais désertées par les Chinois.

« L’archéologie marine est un exercice qui démontre la souveraineté nationale ». Li Xiaojie (励小捷 Lì Xiǎojié), vice-ministre de la culture chinois, 2012

La Chine utilise également le prétexte de ses bateaux anciens et revendique de vieilles jonques chinoises du XIIIe siècle qui offrent à Pékin un espace pour revendiquer ses espaces maritimes. Franck Goddio, archéologue subaquatique et son équipe en ont fait les frais et ont dû quitter les lieux précipitamment au large des côtes Philippines. La première grande période d’ouverture maritime de la Chine date de la dynastie Song (宋朝 Sòng cháo) (960-1278), qui s’était dotée d’une importante flotte de jonques de haute mer pouvant dépasser 100 mètres de long et utilisant la boussole. La dynastie mongole des Yuan (元朝 Yuán cháo) (1271-1368), prolongea ces conquêtes continentales. L’empereur Kubilaï (忽必烈 Hūbìliè Khan) en 1274 construisit une flotte de 900 navires pour s’emparer du Japon.  Elle fut toutefois en partie détruite par un typhon ; en 1281, il renouvela l’opération avec une armada encore plus imposante, constituée de 3000 bateaux et 100000 hommes, mais les Japonais opposèrent une résistance acharnée, et l’armada fut à son tour engloutie par un nouveau typhon.

 

Des inventeurs

Le site de Hemudu près de Ningbo et la riziculture

Les chinois sont-ils les premiers à avoir inventé la riziculture ? Le « super riz » hybride de Yuan LongPing remis aujourd’hui en question  !  

La découverte en 1973 du site de Hemudu (河姆渡遗址 Hémǔdù yízhǐ), à 22 km au Nord-Ouest de Ningbo (宁波市 Níngbō shì), au Sud de la baie de Hangzhou (杭州 Hángzhōu), a mis en évidence le plus ancien site répertorié dans le monde de la culture de riz, au néolithique, 5000 ans avant notre ère. Les chinois ont pu faire faire valoir à l’époque qu’ils ont été les premiers à maîtriser la riziculture. C’était le sens des premiers communiqués scientifiques chinois. Aujourd’hui, tout le monde veut être le premier à avoir inventé le riz, les Vietnamiens, les Indiens…. Dans ces territoires deltaïques où la terre et la mer fusionnent, on a naturellement une terre mêlée d’eau où les premières formes de riz poussent en terrain inondé. Désormais les archéologues chinois restent extrêmement prudents, ils ne disent pas qu’il s’agit d’une riziculture aquatique développée telle que celle qu’on verra quelques siècles plus tard. Les dépôts funéraires sont relativement comparables les uns par rapport aux autres, ce qui fait dire à certains archéologues que c’était une société relativement égalitaire… Le projet socialiste était déjà en germe. Mais il y a des centaines et des milliers de tombes de pauvres paysans qui n’ont pas laissé de traces parce qu’ils ont été simplement mis dans la terre. Il y a également peu de grandes tombes richement dotées, dans cette société extrêmement frugale. Si on compare à celles de l’âge du bronze, où des différences importantes sont constatées, on pourrait parler de société égalitaire, mais on ne sait si cette société était vraiment égalitaire. Par définition, les tombes retrouvées sont des tombes riches. Cette société était-elle vraiment égalitaire ? Personne ne peut l’affirmer. Les archéologues chinois d’aujourd’hui sont plus circonspects. Il faut noter que désormais les standards chinois ressemblent de plus en plus aux standards internationaux qui font désormais l’admiration des archéologiques internationaux. 

Lors de l’exposition universelle de Milan en 2015, le riz hybride mis au point par Yuan LongPing (袁隆平 Yuán Lóngpíng) dans les années 1970 a été mis à l’honneur et présenté comme élément de réponse à la problématique de l’alimentation mondiale. Plus résistant aux menaces climatiques et permettant ainsi un meilleur rendement, ce riz hybride  a permis de subvenir aux besoins d’une Chine en explosion démographique. Aujourd’hui le « super riz » fait l’objet de vives critiques de la part des chinois eux-mêmes. Par exemple « le chercheur Li Changpin6, par ailleurs secrétaire général de la province du Hubei concernée par ces cultures, dénonce les besoins accrus en engrais, son mauvais goût par rapport aux variétés traditionnelles, sa faible résistance aux crues et aux tempêtes, et surtout la dépendance du paysan envers des semences qu’il doit acheter à chaque cycle agricole. Jusqu’à aujourd’hui, les rendements exceptionnels du riz hybride faisaient figure d’argument d’autorité ; mais les récoltes désastreuses dans la province de l’Anhui en octobre 2014 (650 ha concernés) remettent en question le brillant avenir du super riz chinois ». De nouveaux défis agronomiques se profilent pour la Chine !

 

 

« L’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat » Sun Zi
Le pouvoir économique de la Chine accroît son influence et sa puissance géopolitique, l’archéologie un outil du soft power

Depuis des millénaires, les chinois affirment leur puissance davantage comme le rayonnement d’une brillante civilisation plutôt que par la force militaire. La stratégie chinoise enseigne depuis Sun Zi (孙子 Sūn Zi) que l’usage de la force s’avère inutile quand on réussit à établir un ascendant sur son ennemi et à le maintenir. L’archéologie lui permet d’affirmer son unité au niveau national, de réaffirmer l’antériorité et la puissance de la Chine vis-à-vis de l’Occident, sa présence sur les mers, sa légitimité vis-à-vis de l’Afrique, son pouvoir d’innovation…  Pékin utilise à des fins politiques les découvertes archéologiques mais il n’en demeure pas moins que face aux nouveaux défis qui l’attendent (agriculture et sécurité alimentaire, environnement, gestion des minorités, contestations…), force est de constater qu’une véritable évolution est en marche. Au niveau scientifique, désormais avec plus d’objectivité, l’archéologie chinoise se rapproche de la communauté internationale, ce qui lui vaut admiration et reconnaissance.

 

 

 

Contributeur, Intégration et SEO : Évelyne Ollivier-Lorphelin
Photos à la une : Armée de terre de Xi’An ©photo : Yannick Morin
Rédacteur en chef : Evelyne Ollivier-Lorphelin
Directeur de la publication : Yannick Morin, Président de France Chine International

 

Références et Sources

1 Shi ji «les mémoires historiques» par Si Ma Qian, au IIe siècle av notre ère. Traduit par Edouard Chavanne. Les Mémoires historiques de Se-ma Ts’ien, Paris, Librairie Adrien Maisonneuve, 1967

2 Arts et histoires de la Chine, volume 2 par Fiora Blanchon

3 Sima Qian  司马迁, pinyin : Sīmǎ Qiān, EFEO Sseu-ma Ts’ien, transcription de Chavannes Se Ma T’sien) (145 av. J.-C.-86 av. J.-C.) est un historien chinois, le premier à avoir tenté de décrire l’histoire de la Chine depuis sa création. Tous les historiens impériaux chinois se sont par la suite inspirés de son œuvre, le Shiji (史记, Shǐjì).

4 Radio France, Culture monde, Florian Delorme 2/4, émission du 8 mars 2016 50 mn, avec Danièle Eliseeff, historienne française, spécialiste de la Chine, ancienne professeur à l’École du Louvre, membre statutaire du Centre d’études sur la Chine moderne et contemporaine de l’EHESS

5 Franck Goddio

Projet Xiao/Shang.Zhou

Pauline Sebillaud : Research Center for Chinese Frontier Archaeology, Jilin University, 2699 Qianjin dajie, Changchun, Jilin 130012, China (Email: p.sebillaud@gmail.com)

6 – le super riz en question in France Diplomatie, Agronomie et Alimentation 16 juin 2015 par Amélie Guiot-Zimmermann, amelie.guiot-zimmermann[a]diplomatie.gouv.fr

 

 

 

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