Vue de la cité d'alet sur Saint-Malo

Saint-Malo et Lorient au coeur des premières mondialisations des échanges entre la Chine et la France

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La compagnie des Indes, moteur de la mondialisation des échanges du XVIe au XVIIIe siècles,
trois siècles de rencontres entre l’Orient et l’Occident

Rubrique : Éclairer le présent à la lumière de l’histoire

Partie première : une page d’histoire économique sur les premières mondialisations des échanges entre la Chine et la France avec le grand commerce maritime au départ de Saint-Malo et de Lorient 

Il n’est pas un moment où on ne cesse de rappeler les échanges entre la France et la Chine, par la reconnaissance du Général de Gaulle de la République Populaire Chinoise en 1964  (27 janvier 1964) et par l’ouverture de la Chine avec Deng Xiaoping en 1976. Si ces faits sont incontestables, il n’en demeure pas moins que les échanges entre l’Asie, et l’Orient sont beaucoup plus anciens notamment grâce à la première mondialisation des échanges du XVIe au XVIIIe siècles. Dans ce contexte, La Bretagne au XVIIe siècle et au début du XVIIIe siècle était la province la plus riche du royaume de France. Mais au XIXe siècle, le Blocus Continental, décision politique de Napoléon, fait perdre à la Bretagne son activité de commerce maritime. Elle manque de surcroît l’industrialisation faute d’avoir repensé son modèle social en fonction des nouvelles technologies de l’époque et d’avoir thésaurisé dans la terre plutôt que d’investir ses capitaux dans l’industrialisation naissante. Le commerce de la toile se redéploie alors dans le Nord de la France où l’industrie textile mécanisée prospère en lieu et place de nos paysans/tisserands. Le XXe siècle voit après la seconde guerre mondiale le miracle breton se produire, grâce à une agriculture au modèle productiviste et ses industries agroalimentaires d’une part, et d’autre part aux TIC et à l’industrie automobile. Aujourd’hui, la Bretagne connaît à nouveau des difficultés économiques, les modèles sont à réinventer. La Bretagne ne peut se passer des échanges avec l’Asie et son plus grand pays, la Chine. Dans ce contexte, il nous est apparu intéressant d’analyser comment la Bretagne a organisé les premières mondialisations des échanges dans le cadre de la compagnie des Indes.

 

Partie I
Les compagnies des Indes

Les compagnies des Indes ont été créées du XVIe au XVIII siècles pour assurer le contrôle du commerce avec L’Asie dans un contexte de la première mondialisation des échanges. Ce sont les Portugais, par le Cap de Bonne espérance, en 1498, qui les premiers ouvrent la route au marché asiatique. Si les Portugais sont les pionniers à sillonner l’Océan Indien, ils vont vite être très rapidement rejoints par les Hollandais, les Anglais et les Français, sans oublier les danois, les Suédois et les Prussiens.

 

Des compagnies des Indes

Philippe Haudrère1, le spécialiste de cette thématique, retient trois grandes phases de la mise en place des compagnies :

  • Le début du XVIIe siècle : pour les compagnies hollandaises et anglaises mais il faut attendre 1709 pour que « The United Cy of Merchants of England trading to the east Indies» mettent fin aux rivalités anglaises dans l’East India Company »
  • Les années 1660-1680 pour les compagnies royales française et danoise.
  • Le XVIIIe siècle pour les compagnies à capitaux internationaux comme la Compagnie d’Ostende, la compagnie suédoise, la compagnie prussienne et la compagnie de Trieste.

En France, en réalité, ce sont trois compagnies qui se succèdent, non sans interruptions. La compagnie malouine prend le relais d’une première compagnie de 1706 à 1719. Puis, fondée par Law en 1717, elle prit le nom de Nouvelle Compagnie des Indes en 1719. Après la banqueroute, elle prit un vif essor jusqu’à sa liquidation en 1769.

 

 

Partie II
La logistique et la spécificité des échanges,
facteurs de déséquilibre

Des investissements lourds en raison de la logistique
et des spécificités des échanges

La logistique et la spécificité des échanges nécessitent des investissements très lourds pour ces compagnies qui vont bien au-delà des formes classiques d’investissement.

Pour la logistique, des escales situées dès les débuts de l’Océan Indien, jusqu’à Canton en Chine et Deshima au Japon, la distance a un coût considérable. Il faut 14 à 22 mois de mer à ces vaisseaux géants de mers de 600 à 1200 tonneaux, dont le calendrier est imposé par la saisonnalité des vents et particulièrement de la mousson. Les équipages sont nombreux, il faut non seulement les rémunérer mais aussi prévoir de grandes quantités de vivres et d’eau. Les compagnies ont besoin, au XVIe siècle de près de 1000 marins, 3000 à 4000 au XVIIe siècle et de 8000 à 10000 au XVIIIe siècle. La maladie fauche plus de 10 % des effectifs des équipages principalement en raison du scorbut. Il impose des escales de « rafraîchissement », les Mascareignes pour la France, le Cap pour la Hollande, Saint-Hélène pour les Anglais. Ce n’est qu’au XVIIIe siècle que l’usage d’antiscorbutiques comme le citron, le vinaigre, les légumes verts ou la choucroute va réduire la mortalité. Le naufrage est aussi un risque, de l’ordre 3 à 6 % des navires. Il faut prévoir de 300000 à 600000 livres pour armer un navire. Les compagnies confient la construction des navires à des chantiers spécialisés, comme celui d’Amsterdam pour la VOC Deptfore et Blackwell pour East India Company anglais ou Lorient pour la seconde compagnie des Indes françaises1.

divers poivres, noirs, blancs, baies roses, macis
Epices : poivres, ©photographies : Evelyne Ollivier-Lorphelin

Quant à la spécificité des échanges, elle repose sur un nombre restreint de produits, ce sont les épices (poivres, clou de girofle, muscade, cannelle), les cafés (Moka, Bourbon2, Java) et les thés (noirs, verts et Bouy5), la soie et les cotonnades, les porcelaines et le salpêtre chargé comme lest. L’engouement pour ces produits de luxe, cotonnades, boissons sucrées et épices va se diffuser dans les foyers européens, provoquant un déséquilibre. Les achats ne peuvent être compensés par les exportations européennes, car les comptoirs français* ne peuvent permettre le développement de colonies de peuplement porteuses de haut niveau de consommation – l’effectif européen en Asie est alors de 16000 personnes dont 10000 Hollandais, 1500 Portugais, 2000 Anglais, 1800 Français installés à Calcutta, Madras, Bombay, Batavia, Pondichéry – Il n’y a pas d’implantation en Chine où seuls les échanges sont admis à Canton3 sur une période limitée. les produits européens ne séduisent pas non plus les populations chinoises et indiennes, habituées au raffinement de la soie et de la porcelaine. Les bateaux ne partent donc pas avec des cales chargées de marchandises françaises mais avec des piastres d’argent et de l’or en provenance des Amériques du centre et du Sud, achetés à Cadix. L’Asie est parfois dénoncée comme le gouffre des métaux précieux. Les Hollandais, mettent alors en place un commerce intérieur d’Inde en Inde, mais il est le fait de personnels des compagnies qui font fortune. Ils investissent pour eux-mêmes le long de côtes de l’Inde et vers le Golfe persique, la Mer Rouge, la Chine ou vers l’archipel des Philippines. Ces échanges témoignent de l’interconnexion qui existe entre les trafics américains, voire antillais et africains, et européens et la planétarisation des échanges.

Le XVIIIe siècle va changer la donne. L’autorité du grand Moghol qui maintenait une certaine stabilité est mise à mal par les pouvoirs locaux. Les conflits entre les grandes puissances génératrices de ces échanges commerciaux, se déplacent vers les territoires d’Outre-Mer.  Le recteur Quérou dans le registre de La Fresnais parle du Duc d’Orléans  et des territoires d’Outre-mer en ces termes : «Enfin sous l’ombre d’un païs chimérique de Missisipi situé dans le nord de l’Amérique, il voulut ruiner la France, envoyant dans ce mauvais pays les hommes et les femmes, bestiaux et grains des costes maritimes, il s’empara de touts les bastiments et vaisseaux et de tout commerce des païs étrangers sous le nom d’une nouvelle Compagnie des Indes». Les compagnies des Indes disparaissent à la fin du XVIIIe siècle, à l’exception de la compagnie des Indes anglaise qui perdure jusqu’en 1858. Toutefois, depuis 1784 c’est l’État qui administre les territoires grâce à la présence de militaires de plus en plus nombreux.

 

Une particularité bretonne, une origine malouine

L’augmentation du trafic maritime entre la France et L’Asie, la conduite de plus en plus complexe des vaisseaux véritables mastodontes des mers à l’époque, l’exemple britannique, incitent les directeurs de la compagnie des Indes française à instaurer un règlement qui organise un corps d’officiers de 300 hommes. Il est hiérarchisé avec des promotions réglées par le nombre de voyages et l’ancienneté.

Le recrutement est effectué dans un cadre familial et régional : les officiers sont issus de la marine marchande, ou sont fils de marins de la Compagnie des Indes lié pour les deux-tiers à Saint-Malo et ses environs immédiats, Saint-Servan, Paramé… des bords de Rance jusqu’à une trentaine de km vers l’Ouest. Pour les cadets de la noblesse moyenne et petite rurale, la compagnie des Indes est une véritable opportunité, car après une formation théorique et pratique, ils sont bien payés et reçoivent la reconnaissance de leur valeur par la monarchie, qui leur accorde des distinctions honorifiques, en particulier des lettres de noblesse.

La formation théorique se fait à Lorient mais l’essentiel de l’enseignement se déroule à bord. Ils embarquent à partir de 17 à 19 ans et sont placés sous l’autorité des officiers. Après 4 ou 5 voyages, ils peuvent être admis comme enseignes en second. René de Châteaubriand, le père de l’écrivain François René de Chateaubriand, issu de la noblesse rurale pauvre est un exemple de cette ascension sociale.

Simultanément, Saint-Malo avait gardé l’activité de la grande pêche à Terre-Neuve. Les jeunes mousses particulièrement de la plèbe nobiliaire faisaient leurs premières armes et embarquaient très jeunes, parfois dès 9 ans au XVIIIe siècle. Cette tradition a perduré jusqu’au début du XXe siècle, où avant de pouvoir s’enrôler dans la marine marchande, le futur marin devait avoir le plus souvent réalisé au moins 3 campagnes de pêche à la morue sur les bancs de Terre-Neuve.

Les voyages entre la France, l’Inde et la Chine, au XVIIIe siècle durent de deux à trois ans pour l’aller et le retour et sont particulièrement difficiles. Pour diriger ces voyages, il faut avoir des qualités et selon Lavigne-Buisson, « joindre aux talents de leur état de marine, un acquis et des connaissances particulières ». Se présenter au bon moment dans l’Océan Indien pour « attraper » la mousson, faire respecter la discipline à bord durant un long trajet, se défendre contre un corsaire, surveiller des opérations commerciales complexes mettant en jeu des sommes importantes, sont des savoir-faire que l’on exigeait des officiers. Les carrières sont généralement rapides pour les familles de marin, on devient second enseigne à 24 ans, premier enseigne à 28, second lieutenant à 31, premier lieutenant à 36 ans, capitaine à 42 ans. À 55 ans, les Capitaines n’embarquent plus. Un délai d’un an entre le retour d’une campagne et la désignation d’une autre est prévue.

 

 

Partie III
Une innovation financière génératrice du grand commerce maritime colonial : 
la compagnie des Indes française

Le système de Law et sa banqueroute

À la mort de Louis XIV, le Régent doit faire face à de sévères difficultés financières. La dette dépasse 3,5 milliards de livres, et le produit insuffisant des impôts aggrave le déficit. Le Régent se refuse à une banqueroute et préfère recourir dans un premier temps à la refonte de la monnaie, à la réduction des rentes et enfin à suivre les conseils d’un financier écossais John Law qui avait démontré l’avantage du papier monnaie – les futurs billets de banque –  sur le numéraire. Suivant le concept de Law, une banque reçoit le privilège de l’émission des billets, garantis par le dépôt de numéraire. La banque  accorde des facilités aux commerçants et s’associe à l’État en recevant les revenus du Trésor. Ses actionnaires ont la possibilité de souscrire les actions en billets d’État, ce qui réduit la dette et l’État qui peut ainsi rembourser ses créanciers en papiers-monnaie ou billets de banque.

Le Régent Philippe d’Orléans, en 1716 permet à Law de créer une banque privée, émettrice de papier monnaie, alors appelée Banque Générale. Il remplace la monnaie du moment; faite de pièces d’or et d’argent; par ces papiers-monnaies en l’échange d’or et d’argent. En 1718, John Law crée la Compagnie d’Occident, qui devient, après plusieurs acquisitions, la Compagnie Perpétuelle des Indes (connue sous le nom de compagnie des Indes). La banque générale prend le nom de Banque Royale. John Law parvient à son apogée en 1720, lorsque la Banque Royale et sa société des Indes fusionnent. Le Régent  le nomme en janvier 1720 contrôleur général des Finances. Des fortunes s’édifient en quelques semaines car les ennemis fortunés de Law manipulent les cours en les faisant passer de 500 à 20 000 (cours d’échange entre la monnaie papier et les métaux précieux) en une seule année. Une immense spéculation sévit alors rue Quincampoix, où la banque s’est établie. Les gros investisseurs prennent leurs bénéfices, ce qui entraînent une panique sur le marché. Les bases sont  fragiles car la banque procède à une émission excessive de billets et la méfiance apparaît dès 1720 et bientôt c’est la panique.  La banque n’a alors pas assez de métaux pour rembourser tous les investisseurs et c’est la banqueroute. Law s’enfuit à l’étranger incapable de faire face à ses engagements.

Alors que le système de Law s’est montré florissant pendant quelques années, il a finalement conduit la population française à l’appauvrissement ainsi que de nombreux investisseurs. Dans les registres de la Fresnais (Bretagne/Ille-et-Vilaine/Pays de Saint-Malo), nous avons retrouvé le témoignage du recteur Quérou que vous trouverez ci-dessous. Si le grand commerce maritime colonial a reçu une impulsion définitive, les Français vont désormais éprouver une méfiance insurmontable à l’égard des activités bancaires au moins jusqu’à la Révolution française.

La banqueroute de Law n’a pas été toutefois totalement défavorable, notamment pour le pouvoir royal : elle participa au désendettement de l’État royal qui parvint à payer ses dettes et à augmenter ses revenus puisque Law, en créant une richesse plus mobile, a contribué à faire renaître l’agriculture et à stimuler le commerce, générateurs de nouvelles recettes fiscales.

 

En Bretagne,  dans le pays de Saint-Malo, un témoignage du XVIIIe siècle sur la banqueroute de Law et la nouvelle compagnie des Indes

En 1720, la grande et la petite histoire par le recteur Quérou de La Fresnais, Pays de Saint-Malo

registre du XVIIIe siècle
Chronique de 1720 par le Recteur Quérou de La Fresnais sur la banqueroute de Law, La Compagnie des Indes, La peste et et la situation sociale – Texte écrit à la fin du registre de 1712 – AD Ille-et-Vilaine

 

À la Fresnais, le recteur Quérou nous a laissé sur les pages blanches disponibles des années antérieures, les chroniques locales et les faits intéressants la France. C’est ainsi qu’à la fin du registre paroissial de 1712, il nous fait part de grand incendie de Rennes de 1720. Nous avons également sur le registre de 1712, la banqueroute de Law qui eût lieu sous la régence du Duc d’Orléans et la pauvreté qui s’ensuivit. L’utilisation des pages blanches de plus de 8 ans pose question : – le prix du papier était-il si élevé que le prêtre récupérât le moindre espace disponible (à Hirel, on retrouve des traces d’apprentissage des lettres avec des séries d’une même lettre sur les plus anciens registres), – le prêtre inscrivait-il ses textes avec ses points de vue acerbes dans les années antérieures afin qu’aucun contrôle et la censure ne puissent s’exercer ? Les représentants des évêques lors des visites de contrôle ne vérifiaient probablement que peu d’années et notamment l’année en cours ? La Fresnais, proche de Dol, la ville de l’évêché recevait une visite annuelle des représentants de l’évêque. – Pourquoi les inscrit-il sur les registres ? Voulait-il passer à la postérité autrement qu’en enregistrant des actes de BMS et montrer qu’il suivait l’actualité de son temps avec un sens critique aigu, en faisant part de son désaccord avec la politique suivi par les plus grands du royaume, « ce que j’ai marqué ici pour le faire connaître à la postérité… » ? Toujours est-il que ses informations nous sont précieuses tant sur la connaissance des éléments d’architecture et d’urbanisation de la ville de Rennes que sur ses points de vue engagés. En effet, il ose critiquer le Duc d’Orléans et sa politique monétaire inspirée par Law. Le Duc d’Orléans, à la mort de Louis XIV devient régent de France pendant la minorité de Louis XV. Suite aux décennies de guerre, Louis XIV laisse un pays en ruine. La dette s’élève alors à 3,5 milliards de livres, soit l’équivalent d’une dizaine d’années de recettes. Le recteur Quérou nous apporte également quelques éclairages sur la Peste de 1720 et nous informe que des vaisseaux ont été brûlés dans le port de Saint-Malo avec l’ensemble de leurs précieuses marchandises.

 

La banqueroute de Law vue par le recteur Quérou de La Fresnais,  texte retrouvé dans le registre de l’année 1712.

«L’an 1720 fut très remarquable par l’iniquité et la malversation du Duc d’Orléans, Régent du royaume pendant la minorité de Louis XV».

1° Il altéra les espèces d’or et d’argent, y mestait beaucoup de cuivre et de billion.

2° Il les réduisit à une moindre quantité de poids que de coutume.

3° L’argent ne fut point fixe car il augmentait et diminuait de prix tous les mois et quelque fois jusqu’à trois fois en un seul mois.

4° Au 1er août, il fut mis à un prix si exorbitant que la quantité de cinquante sols d’argent valait 12 livres et celle de 60 sols valait 15 livres.

5° Il tacha de tirer tout l’argent du royaume dans les coffres par les moyens de billets de banque qu’il distribuait dans le royaume dont on ne payait point la valeur et sur lesquels on perdait la moitié.

6° Il exila le parlement de Paris à Pontoise pour avoir voulu s’opposer à ses injustes desseins.

7° Il faisait toutes ses vexations et injustices par le conseil d’un fripon d’anglois ou écossois appelé Law. Cette variation d’argent et/ou le prix extraordinaire firent que toutes choses furent à un prix excessif, le boisseau de froment valut 12 livres et 20 livres au mois de juillet et août quoiqu’il y en eut suffisamment.

8° Il bloqua Paris de plusieurs camps sur la Seine pour contenir les habitants qui voulaient se soulever.

9° Il fit trancher la teste à plusieurs seigneurs de cette province, savoir le marquis de Pontcallec, le seigneur de Montlouis, le chevalier de Tahlouët et le seigneur de Coedic, ayant été condamnés par une Chambre de justice créée et establie à cet effet à Nantes pour s’être élevés contre l’injustice de la régence et avoir voulu conserver les libertés de leur province et surtout des États.

10° Il réduisit les ventes de l’Hôtel de Ville de Paris au denier cinquante du denier vingt cinq qu’ils étaient, faisant perdre aux rentiers la moitié de leur rente. Il défendit de faire aucune contribution qu’au denier cinquante. Il permit à touts particuliers dont les biens avaient été aliénés à des gens demain morte depuis un siècle de rembourser les acquéreurs et de rentrer dans leur bien et pour cela donnait des billets de banque.

Enfin sous l’ombre d’un païs chimérique de Missisipi situé dans le nord de l’Amérique, il voulut ruiner la France, envoyant dans ce mauvais pays les hommes et les femmes, bestiaux et grains des costes maritimes, il s’empara de touts les bastiments et vaisseaux et de tout commerce des païs étrangers sous le nom d’une nouvelle Compagnie des Indes.

telles furent nos misères pendant cette cruelle année. ce que j’ai marqué icy pour le faire connoître à la postérité, et pour comble de misère il annulla et rendit de nulle valeur touts les billets de banque au 1er novembre dont il y avoit un nombre infini et pour des sommes immenses dispersées parmi le peuple du royaume ; ce qui ruina une infinité de gens qui, des riches et opulents qu’ils étaient, devinrent pauvres et sans biens : on remboursa un grand nombre de constituants, on retira une infinité de maisons et belles terres et autres biens par les moyens de ces misérables billets qui se donnaient dans le public pour rien car ceux de 100 livres se donnent pour dix et encore moins ainsi les plus riches n’avoient plus que du papier de non valeur.

Cette même année et la suivante, 1721, furent funestes pour la province par une cruelle peste qui s’alluma à Marseille et y régna pendant toute cette année 1720, y fit mourir presque tous les habitants, tant de cette contagion que de la famine ; ensuite la peste s’étendit à Aix, Toulon et autres villes voisines où elle fit les mêmes ravages qu’à Marseille. On brula a Saint-Malo plusieurs vaisseaux venus de ces ports, richement chargés, dont les richesses très précieuses furent brûlées avec les bâtiments et tout autre n’entrait dans le port qu’après avoir fait quarantaine.»

En bas de page, en écriture plus petite et ajoutée – l’encre y est plus foncée – et en marge avec l’annotation de autre, on trouve : «L’histoire marque qu’en 1359, sous le règne de Jan II, il y eut une variation dans les espèces aussi étrange que pendant cette régence car le gros d’argent monnaye de Saint-Louis s’émettait pour 20 sols parisis, prix exorbitant, le 24ème mars suivant, il fut émis à 12 sols parisis, sa juste valeur, en sorte que, qui avait 20 sols auparavant n’avait plus que 20 deniers. »

Relevé et Transcription réalisés par Évelyne Ollivier-Lorphelin dans le cadre d’un travail personnel de généalogie

 

Sources

Archives Départementale d’Ille-et-Vilaine

10 NUM 35116 85 – LA-FRESNAIS – 1712 – 1712 – Baptêmes/Mariages/Sépultures – COMMUNE

La Fresnais se situe à 18 km de Saint-Malo. 

 

 La suite de cet article dans les prochains jours

 

Contributeur, Rédacteur en chef et SEO, photographie de Saint-Malo : Évelyne Ollivier-Lorphelin
Directeur de la Publication : Yannick Morin, Président de France Chine International

 

Sources

1 Haudrère P, la compagnie des Indes au XVIIIe siècle, 1e ed, Librairie de l’Inde, 1989, 2e éd., Les Indes Savantes, 2005, Haudrère (P), Le Bouedec (G), les compagnies des Indes, Edilarge, 1999, 3e éd., 2005. Haudrère (P), dir, Les Flottes de compagnies des Indes (XVII-XVIIIe siècles), Service Historique de la Marine, 1996.

On note dans les registres paroissiaux de Saint-Servan, Paramé, Saint-Méloir, Saint-Coulomb, pour certains actes uniquement la profession de « Charpentier » de mentionnée, sur les périodes du XVII et XIIIe siècles quand par ailleurs les autres professions ne figurent pas, tout au mieux sieur de xx qui indique un propriétaire terrien.

2 Les îles Bourbon et de France, pour satisfaire aux besoins des escales vont changer leurs modes de production : d’une agriculture vivrière, elles vont développer un autre mode de développement : les plantations.

3 Canton, d’où l’appellation cantonner. En Chine et au Japon, des réglementations strictes imposent aux Européens de passer par des intermédiaires locaux, en leur coupant tout contact direct avec les fournisseurs et producteurs locaux. Par contre, les marchands des compagnies achètent sur les marchés locaux à Java, Ceylan, la côte des Malabar et à Moka. Les personnels des compagnies passent des contrats avec les marchands locaux de Coromandel et au Bengale et versent des avances qui financent les fournitures et la chaîne de production. Les marchands locaux passent ensuite des commandes aux artisans locaux

4  Moka : Moka est le nom d’un quartier bien connu de Saint-Malo. Il y a encore peu de temps, les Malouins connaissaient encore la brûlerie de Moka où l’on torréfiait le café

*Les compagnies européennes ne disposent que de réseaux de comptoirs côtiers installés sur des territoires dont ils n’ont pas le contrôle. Les Portugais, avec Goa, Ormuz et Malacca s’organisent en un réseau de villes côtières et d’agences commerciales. les Hollandais favorisent le passage du commerce à la colonisation autour de Batavia et plus tard Ceylan, les îles à épices..

5 Le thé Bouy est un thé noir. Le thé Bouy a les feuilles d’un brun noir, grêles, légères, roulées dans le sens de leur longueur, mêlées de pétioles, et susceptibles de se briser facilement, parce qu’elles ont subi une plus forte torréfaction ; son odeur est moins prononcée que celle du thé Hayswe, sa saveur est moins astringente.
in dictionnaire technologique ou nouveau dictionnaire universel des arts et métiers et de l’économie industrielle et commerciale par une société de savants et d’artistes – Tome vingtième – Paris, Thomine, librairie, rue de la Harpe, N°88 – 1832

 

Pour en savoir plus

Site de la Ville de Saint-Malo, soutien de France Chine International

Musée de la compagnie des Indes de Lorient

Joseph François Dupleix un stratège brestois d’Asie au temps de la compagnie des Indes

 

 

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