Voyages en Chine après la Compagnie perpétuelle des Indes

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Les voyages en Chine du port de Lorient après la Compagnie perpétuelle des Indes (1769)

 

Article de Jean-Yves Le Lan, ingénieur retraité, président du Comité d’histoire du Pays de Ploemeur, contributeur au site Histoire-Généalogie.com

 

En 1769, la Compagnie perpétuelle des Indes est limitée dans ses possibilités d’organiser des échanges avec l’Inde et la Chine. Elle perd son monopole et des sociétés privées prennent le relais. Un dernier sursaut a lieu par la création d’une nouvelle Compagnie des Indes en 1785 dénommée « Compagnie de Calonne ».

 

Compagnie perpétuelle des Indes
Les factories (ensemble de bâtiments pour la fabrication et le stockage des produits ainsi que pour le logement des personnels sur place) à Canton – Wikipédia, Spellcast (talk | contribs).

 

La Compagnie des Indes, la fin d’un monopole

Le dimanche 13 août 1769, à Compiègne, la destinée de la Compagnie des Indes bascule. D’une compagnie ayant le monopole du commerce avec les îles de France et de Bourbon, avec les Indes et la Chine, elle devient une compagnie maritime ouverte à la concurrence. Cette décision est prise par le Roi et ses ministres en conseil du Roi. Elle est suivie d’un arrêt du Roi dont l’article premier suspend le monopole de la Compagnie1.

La Compagnie perd son monopole mais elle conserve le rôle de délivrance des passeports – autorisation pour commercer avec les colonies – aux commerçants. Ses comptoirs maintiennent leur personnel qui passe de son service à celui du Roi. A Paris, l’administration centrale est aussi maintenue pour assurer la délivrance des passeports et aussi pour conduire sa liquidation.

Le 17 février 1770, un arrêté est établi pour définir la situation respective du Roi et de la Compagnie. La Compagnie cède au Roi ses immeubles, meubles – en particulier ses navires – et ses droits ; le Roi de son côté se reconnait débiteur d’une rente perpétuelle.

 

 

La Compagnie des Indes, un nouveau sursaut

Après la perte du monopole de la Compagnie, des armements privés prennent le relais pour rétablir les relations commerciales avec les colonies et avec la Chine. Mais en 1785, nouveau sursaut, un arrêt du conseil du Roi Louis XVI en date du 14 avril 1785 établit à l’instigation du ministre Calonne créé une nouvelle Compagnie des Indes car on reproche aux armements privés de mal approvisionner les colonies. A partir de cette date, il existe alors deux Compagnies des Indes ; une, la Compagnie perpétuelle des Indes qui poursuit sa liquidation – sa suppression intervient en 1794 – et l’autre la Compagnie de Calonne qui reprend en partie les privilèges de la précédente. Elle a le monopole du commerce avec les Indes mais aucun privilège de commerce dans l’Atlantique et avec les îles Mascareignes.

Cette nouvelle Compagnie a une existence brève car l’Assemblée constituante lui enlève son privilège le 3 avril 1790, la Convention prononce sa dissolution le 14 avril 1794 et elle est liquidée définitivement en 18752.

 

Compagnie perpétuelle des Indes
Canton en 1850 – Auteur anonyme – Wikipédia, AndreasPraefcke (talk contribs).

 

 

Les armements pour la Chine
après la fin du monopole de la Compagnie des Indes

Nous allons examiner les armements pour la Chine réalisés pendant cette période de la fin du monopole de la Compagnie des Indes à la création de la Compagnie de Calonne3. La liste des voyages commerciaux organisés par les armateurs privés pour la Chine de 1771 à 1790 est affichée dans le tableau ci-dessous. Ce tableau comporte sept colonnes qui donnent pour : la colonne (1) : l’année d’armement du navire, la colonne (2) : le nom du navire, la colonne (3) : le nom du propriétaire ; la colonne (4) : le nom de l’armateur ; la colonne (5) : le nom du capitaine ; la colonne (6) : le port en lourd du navire ; la colonne (7) la date du départ de France, en général du port de Lorient.

 

Tableau – Liste des navires armés pour la Chine de 1771 à 1790

(1)Année d’armement

(2)Nom du navire

(3)Propriétaire

(4)Armateur

(5)Capitaine

(6) Port en lourd

(7)Date de départ

1771

Le Dauphin

Roi

Foucault

Jean François René Le Blond

900

05/03/1771

1771

Le Laverdy

Roi

Foucault

François de Brulenne

700

23/03/1771

1771

Le Penthièvre

Dessaudrain Sebire

Dessaudrais Sebire

Nicolas Caro

900

30/12/1771

1771

Le Duc de Duras

Bernier

Bernier

Alain Dordelin

900

30/12/1771

1771

Le Massiac

Foucault

Foucault

Jean René Le Meur de la Villepiraut

900

30/12/1771

1773

Le Dauphin

Rothe

Foucault

Alain Thomas Collin

900

31/01/1773

1773

Le Beaumont

Le Breton de Blessin et Dessaudrais Sebire

Le Breton de Blessin et Dessaudrais Sebire

Jean Jacques Omera

900

31/01/1773

1774

Le Superbe

Foucault

Foucault

De Vigny

1300

11/03/1774

1774

Le Maréchal de Broglie

Dessaudrais Sebire et Cie

Dessaudrais Sebire et Cie

Nicolas Caro

1300

13/03/1774

1774

Le Brisson

Admyrault et fils aîné

Admyrault et fils aîné

Jacques Jacob Bechereaux

700

14/03/1775

1775

Le Dauphin

Foucault

Foucault

Alain Dordelin

900

21/03/1775

1775

Le Maréchal de Broglie

Le Breton de Blessin et Dessaudrais Sebire

Le Breton de Blessin et Dessaudrais Sebire

Nicolas Caro

1200

09/01/1776

1776

Le Duc de Fitz James

Beaujard et Desegrais

Beaujard et Desegrais

De La Villesbrune

700

26/03/1776

1776

Le Pondichéry

Le Breton de Blessin, Boussé et Dessaudrais Sebire

Le Breton de Blessin, Boussé et Dessaudrais Sebire

François de Querangal

900

31/10/1776

1776

Les Trois Amis

Admyrault et fils aîné

Admyrault et fils aîné

Jean Bonfils

900

06/12/1776

1776

Le Modeste

Grand Clos Meslé

Grand Clos Meslé

Jean-Pierre Le Fer de Chanteloup

880

18/12/1776

1778

Le Dauphin

Grand Clos Meslé

Grand Clos Meslé

Bernardin Dumont de Beauchesne

1000

12/02/1778

1779

Le Prince de Kaunitz

Société de Trieste et Phum

Le comte Charles de Proly

François Douard Maugendre

1200

20/02/1779

1783

La Méduse

Roi

Grand Clos Meslé

Lunel Dumesny

600

05/04/1783

1783

La Sensible

Roi

Grand Clos Meslé

Bernard La Gourgue

600

10/04/1783

1785

Le Dauphin

Roi

Gourlade, Bérard et Perrier

Maudé Pierre Le Beau

700

05/04/1785

1786

La Reine

Compagnie des Indes

Arnous Dessaulsays

Jean Marquay

1000

29/03/1786

1786

Le Maréchal de Ségur

Compagnie des Indes

Arnous Dessaulsays

Guillaume Noël de la Villegris

500

09/04/1786

1788

La Bretagne

Arnous Dessaulsays

Arnous Dessaulsays, affrété à la CI

Laurent Feillet

600

22/03/1788

1788

Le Dauphin

Compagnie des Indes

Compagnie des Indes

Louis Jean Duval

700

05/01/1789

1790

La Constitution

Compagnie des Indes

Compagnie des Indes

Jean Guillaume de Villegris

500

19/03/1790

 

À l’analyse du tableau, on constate que de 1771 à 1785 les navires sont armés par des sociétés privées. Certains appartiennent au Roi mais la plupart ont aussi des propriétaires privés. C’est ainsi que l’on trouve les sociétés suivantes comme propriétaires ou armateurs : Foucault, Dessaudrais-Sebire, Le Breton de Blessin, Admyrault et fils aîné, Grand Clos Meslé, Bernier, Beaujard et Desegrais et le Comte Charles de Proly. A partir de 1786, la Compagnie de Calonne envoie à nouveau des navires en Chine comme propriétaire (armateur : société Arnous Dessaulsays), puis comme affréteur et ensuite comme armateur.

Pendant cette période comme lors de celle de la Compagnie perpétuelle des Indes, le nombre de voyages organisés par an est assez faible avec un maximum pour l’année 1771 de cinq navires qui partent pour la Chine (Voir graphique). C’est un total de 26 voyages pour la Chine qui ont eu lieu en cette fin de XVIIIe siècle.

 

 

Graphique – Nombre de navire armés pour la Chine par année de 1771 à 1790

 

Tableau_Nbrenavires_an_

 

  

 

 

 

 

 

  

Compagnie perpétuelle des Indes
Les factories à Canton vers 1825/1835, tableau attribué à Lam Qua (1801 – 1860) – Wikipédia, Spellecast (talk contribs).

 

 

 

Les navires pour la Chine

Les navires envoyés à Canton en Chine par la Compagnie perpétuelle des Indes (1720 à 1769) faisaient un port (jauge) en lourd de 1 000 tonneaux maximum. En cette fin du XVIIIe siècle, le port est plus important. En effet, on constate à la lecture du tableau que le port varie de 500 à 1 300 tonneaux avec une majorité de navires avec un port supérieur ou égal à 900 tonneaux. Le départ du voyage se fait en fin d’année ou au cours du premier trimestre de l’année pour profiter des vents portant dans l’océan Indien. Les capitaines des navires font en général qu’un seul voyage pour la Chine à l’exception de Nicolas Caro qui fit trois campagnes et, Alain Dordelin et Guillaume Noël de la Villegris qui en firent deux. Mais, tous ces capitaines étaient des hommes d’expérience qui avaient déjà beaucoup navigué.

 

 

Contributeur texte : Jean-Yves Le Lan, Président du Comité d’histoire du Pays de Ploemeur
Photo à la Une : Vue de la ville de Canton –  Vue des factories de Canton par William Daniell, 1805 – Wikipédia, Spellcast (talk | contribs).
Autres Illustrations/tableaux : page Wikipédia : https://en.wikipedia.org/wiki/Thirteen_Factories – via Wikimedia Commons, the free media repository
Graphique par Jean-Yves Le Lan
Intégration et SEO : Évelyne Ollivier-Lorphelin
Rédacteur en chef pour le blog de FCI : Évelyne Ollivier-Lorphelin, Vice-présidente de France Chine International
Directeur de la publication : Yannick Morin, Président de France Chine International

 

 

Sources

1 Weber, Henry, La Compagnie française des Indes (1604 – 1875), Arthur Rousseau, Editeur, 1904.

2 Le Lan, Jean-Yves, La Compagnie perpétuelle des Indes, la fin d’un monopole, site Histoire et Généalogie  http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article383 .

3 Service historique de la Défense à Lorient, rôles d’équipage au désarmement, cotes 2 P 12 à 19.

 

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